Institut de Physique Théorique
Direction de la Recherche Fondamentale  -  Saclay
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Lundi 29 mai 2017

André Morel, 1937-2013


André Morel était né en mars 1937 à Lyon. Son père était pharmacien. Après l’école polytechnique puis l’école nationale supérieure des poudres, il fut recruté en avril 1961 au service de physique théorique  (SPhT devenu par la suite IPhT, dirigé à l’époque par Claude Bloch) du centre d’études nucléaires de Saclay.

Il s’intéressa immédiatement à la physique des particules (considérées  à l’époque comme) élémentaires avec Maurice Jacob, qui n’avait pas encore rejoint le CERN. Il travailla ensuite avec  Gilles Cohen-Tannoudji et Henri Navelet, tout trois sensiblement du même âge.  L’acronyme comonav est resté associé à des travaux de fond sur les propriétés cinématiques des amplitudes d’hélicité.

Au milieu des années 70 il est devenu de plus en plus clair, à la suite notamment des résultats des expériences  de diffusion profondément inélastique de leptons sur nucléon au SLAC à Stanford, que la bonne description des hadrons (particules élémentaires interagissant fortement, tels le proton et le neutron) était une description en tant qu’états liés d’une théorie quantique des champs fondamentale, la chromodynamique quantique (QCD) qui est une théorie de quarks et de gluons, jouissant de la propriété cruciale de liberté asymptotique. Il s’agissait d’un renversement radical de paradigme par rapport aux idées dominantes des années 60.

André Morel se tourna dans cette direction, appliquant QCD à l’étude des  particules de la famille du méson J/Psi  découvertes par l’équipe de Burton Richter au SLAC   (expériences de collisions électron positron) et celle de  Samuel Ting au Brookhaven National Laboratory (expérience de collisions de proton sur cible de Béryllium). Avec la montée en puissance des accélérateurs de particules, les expérimentateurs avaient découverts de très nombreux hadrons, de temps de vie extrêmement courts, souvent de simples résonnances. Les mésons de la famille du J/Psi se singularisent par leur temps de vie long, malgré les nombreux canaux de désintégration largement ouverts. La QCD permettait de comprendre ces propriétés intriguantes dans une interprétation de ces particules comme des états liés d’un nouveau type de quark, le quark charmé. La masse élevée du quark charmé justifiait phénoménologiquement une approche de « QCD perturbative » (les mésons J/Psi étant traités comme des états liés non relativistes dans un potentiel statique, et les taux de transitions calculés à l’ordre le plus bas dans un développement en puissances de la constante de couplage). André Morel s’intéressa également beaucoup à la physique des jets dans les collisions profondément inélastiques.

L’approche perturbative ne permet pas de traiter les problèmes de basse énergie, et en tout premier lieu de montrer que les propriétés des hadrons se déduisent bien de QCD, Ken Wilson avait proposé d’étudier une version discrétisée de QCD, appelée QCD sur réseau. Une fois la théorie discrétisée on peut utiliser l’arsenal des techniques développées en physique statistique (comme les développements en série de haute température, des méthodes de groupe de renormalisation, et aussi la voie qui se révélera la plus fructueuse, les méthodes de simulation Monte Carlo). On retrouve la théorie de départ dans un domaine critique au voisinage d’un point de transition, analogue à un point de transition critique en physique statistique. André Morel se consacrera à cette physique à partir des années 80, en collaboration avec d’autres chercheurs du SPhT et aussi avec le groupe de Bengt Petsesson à Bielefeld. Il s’intéressera tout particulièrement  au comportement à haute température de QCD, le plasma de quarks et de gluons.

En 1987 André Morel deviendra chef du service de physique théorique à la suite de Roger Balian. De sa période comme chef du SPhT datent la construction d’une salle de séminaires, l’habitude de faire le séminaire interne de 2-3 jours du laboratoire dans un lieu distant de Saclay, la première évaluation scientifique du laboratoire par un comité extérieur et le premier recrutement dans notre laboratoire d’un chercheur de niveau senior à l’extérieur, après appel d’offre ouvert.

A cette époque André Morel s’est aussi beaucoup investi dans les questions informatiques, et en particulier fera avancer l’idée que l’accès des chercheurs fondamentaux aux moyens de calcul lourds doit être géré comme celui à un très grand équipement, sur projet scientifique.

Ayant passé la main de chef de service à Jean Zinn-Justin en 1992, André Morel reviendra à l’étude de la QCD sur réseau. Il s’est aussi intéressé aux questions de vulgarisation et d’enseignement de la physique, dans le cadre de la société française de physique.

André Morel laisse deux enfants et trois petits enfants.

(Alain Billoire, 2013)

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    page n° 689, actualisée le 16-09-2013 15:59:44  par david

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